DARFOUR

Référendum haï au Darfour

Fin février, Djibril Bassolé, médiateur chef à Doha, proposa que quatre des six propositions faites par la médiation, acceptées par le gouvernement et les rebelles, droits de l’homme et libertés fondamentales, justice et réconciliation, compensation et retour des déplacés /réfugiés, et partage des richesses, soient entérinées par le gouvernement, le MLJ, Mouvement pour la Libération et la Justice et le MJE, Mouvement pour la Justice et l’Égalité. Il manquerait deux propositions, l’unité du Darfour et la participation des rebelles au pouvoir, ainsi que le cessez-le-feu permanent, les arrangements sécuritaires pour la mise en œuvré de la paix. Les rebelles signèrent. (ST 24 02).

Le premier mars, lors d’une conférence de presse tenue à Paris, Djibril Bassolé est venu résumer les résultats de négociation en cours. Nous sommes sur le point de conclure une paix complète au Darfour; le gouvernement et les délégations du JEM arrivent en ce moment à Doha. Depuis décembre le gouvernement dit vouloir tenir et résoudre un processus de dialogue avec les forces civiles (ST 2 3).

Sur ce, le président soudanais el-Béchir annonça qu’il organiserait un référendum sur le statut administratif du Darfour. Cette annonce intervient alors que doivent reprendre au Qatar, les discussions du processus de paix de Doha, le jeudi 31 mars 2011, entamées il y a deux ans. Selon le gouvernement, le processus de paix était au point mort, - faux, bien que son représentant Ghazzi soit le plus souvent absent - et le principe d’un référendum avait été prévu par l’accord d’Abuja de 2006. Accord qui n’avait été signé que par un seul des principaux groupes rebelles du Darfour, Minni Minawi, depuis longtemps redevenu rebelle avec ses hommes, aux côtés des rebelles combattants. La mauvaise foi de Béchir est patente.

En décidant unilatéralement d’organiser un référendum sur le Darfour, Omar el-Béchir a pris le risque de faire dérailler le processus de paix de Doha. Actuellement le Darfour est divisé en trois provinces. L’ensemble des Darfouriens souhaite le retour à l’ancien statut, celui d’avant 1994, qui faisait du Darfour une région unique. Au lieu de proposer un État fédéré au Darfour, au lieu d’en laisser trois, exigence refusée à Abuja en 2006 par ceux qui sont toujours rebelles, il en offrirait cinq. Il ajouta aux trois Etats existants, le Darfour centre et le Darfour Est. Le MJE de Khalil Ibrahim le plus militarisé des mouvements et le MLS d’Abdel Wahid el Nour avaient refusé l’accord d’Abuja, pour une grande raison, le refus gouvernemental d’accepter l’union du Darfour.

Ils ont à nouveau rejeté cette proposition avec force. Les rebelles du Darfour sont certains comme nous-mêmes, que Khartoum exercera un contrôle total sur le scrutin comme cela s’est produit lors des élections générales en avril 2010 (VS avril et juin 2010). De plus, depuis deux ans Khartoum s’était engagé à ce que seuls les accords de Doha soient valides.

Depuis, Béchir s’est rendu au Qatar, apparemment pour remercier le pays de leur aide, sans parler du référendum prévu. Il y alla sans Ghazzi Salah ed Din, patron du problème du Darfour, représentant le gouvernement à Doha, qui eut le tort de traiter le processus de Doha de marché de pastèques. Ce qui fut jugé par les officiels du Qatar qui avaient donné beaucoup de temps à ces pourparlers, grossier et irrespectueux. Le geste de Béchir amena de l’espoir. En vain. Il s’était rendu au Qatar pour s’excuser de la grossièreté de Ghazzi, et non pour renoncer à son référendum. Les envoyés de l’Union Européenne et des États-Unis étaient venus à Doha dans l’espoir d’améliorer les choses...

L’espoir des Soudanais de voir leur pays devenir plus démocratique grâce aux mouvements rebelles arabes dont l’existence de Gereifna, était vain. Le MLJ voulait, comme le leur avait conseillé Bassolé, continuer à travailler rapidement à Doha pour mettre Béchir dans l’embarras. Le MJE refusa.

Les MJE établis en Libye aident-ils Kadhafi ? Selon Kadhafi, oui, selon le MJE, non. Selon certain Darfouri, ceux qui habitent à Tripoli l’aident ceux qui habitent Bengazi aident ses adversaires.

Combats

Après les remarques aigres faites par Susanne Rice ambassadeur des États-Unis aux NU, la Minuad a obtenu du gouvernement sa liberté de mouvement sans restriction. Ce qui leva un grand espoir qui ne devait pas durer. Ses hommes, presque en nombre requis ont toujours besoin de 24 hélicoptères (ST 21 03). La Minuad a demandé que les belligérants cessent de toute urgence les hostilités, s’abstiennent de confrontations armées et autorisent les organisations humanitaires et la Minuad d’atteindre les populations dans le besoin (ST 21 02).

L’armée Soudanaise a attaqué les groupes rebelles dans le Gebel Mara qui fut le centre de féroces batailles entre le gouvernement et les rebelles, l’armée Soudanaise depuis la fin 2010 intensifie les attaques et contre-attaques au Darfour. Mini Minawi signataire de l’accord de paix de 2006 avec le gouvernement a rejoint la rébellion coordonnée avec le MLS et le MJE (ST 26 02 ). Les troupes du gouvernement ont attaqué les positions des forces rebelles au Gebel Mara, tuant 25 rebelles et capturant quatre véhicules. Le porte parole du gouvernement dit que l’armée continuera à porter ses attaques sur les positions tenus par Abdel Wahid (MLS-AW), Mini Minawi (MLS-MM) et autres factions pour apporter la sécurité aux civils et ouvrir les routes. Selon la Minuad, les civils continuent d’arriver aux camps de personnes déplacées dans tout le Darfour, fuyant la résurgence de la violence dans cette région.

Le gouvernement a annoncé qu’il mettait en place une nouvelle police dans la région visant le retour des populations déplacées dans leur village, rassemblant les tribus et les forces politiques pour résoudre les causes du conflit (ST 02 03).

Les militaires du Soudan et du Tchad sont en attente du renouvellement d’un accord de leurs forces conjointes ente leur deux pays pour mettre fin aux attaques croisées rebelles venant des deux cotés de leur frontière. Khartoum et N’Djamena ont signé un certain nombre d’accords depuis l’année dernière pour déveloper une économie conjointe entre leurs deux Etats. Ils ont également mis en place une compagnie commune pour explorer le pétrole sur la zone frontalière (ST 13 03), présence dont on ne parle que peu. Les combats continuent.

Humanitaire

Fin février, le gouverneur du Sud-Darfour a ordonné l’expulsion de médecins du monde (MDM), l’accusant de soutenir un groupe rebelle de MLS-AW (ST 20 02). Curieusement l’expulsion a provoqué une critique du ministère des Affaires Étrangères, mais quand c’était trop tard. D’ailleurs Béchir avait donné ce pouvoir à tous les gouverneurs du Darfour. Quelques jours plus tard le Catholic Relief Services, Caritas américaine, accusée a tort de distribuer des Bibles, est expulsé.

Le chef de la Minuad a rencontré Abd el Wahid dans la capitale Ougandaise et lui a parlé des pourparlers de Doha. La rencontre a également portée sur le nécessité de procurer assistance aux personnes déplacées et d’assurer leur protection. À la demande d’AW, la Minuad visita le Gebel Mara. Les citoyens lui demandèrent avec énergie que soient arrêté les bombardements de civils ; malgré ses promesses, le 2 mars le Soudan empêchait toute aide d’arriver au Darfour.

Diagne Chanel
Présidente Comité Soudan

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