Un vent de liberté souffle des États arabes vers le Soudan ? - Sud Soudan : espoir, désespoir
L’annonce faite par Béchir fin 2010 selon laquelle le Soudan serait un État uniquement islamique si le Sud se séparait, avait inquiété la population. L’espoir renaquit quand le Président du Congrès National, le parti au pouvoir, déclara que la chari’a islamique ne serait que la première fondation de la nouvelle constitution (cf. critiques DH).
Tourabi, qui approche des 80 ans, participa dans des conditions rocambolesques au coup d’État de Béchir, fut évincé du pouvoir en 1999, et arrêté le 17 janvier pour la sixième fois depuis son exclusion. Il avait averti le gouvernement qu’il devrait faire face à l’insurrection populaire vue dans des pays arabes s’il ne partageait pas le pouvoir. Tombé malade, hospitalisé, son parti déclare qu’il fut empoisonné et ne peut avoir confiance en l’hôpital de police. Les forces de sécurité mettent leur férocité au service du gouvernement. Des manifestations pacifiques organisées par la jeunesse de Gereifna et autres dans plusieurs villes, provoquent la torture et le viol à grande échelle, contre jeunes hommes et femmes, arrêtés sans charge. Tous furent sujets à des abus verbaux et physiques, à des interrogations constantes, à des privations de sommeil et à des méthodes de torture psychologiques. Dans le Coran le viol n’est-il pas interdit ?
Sud-Kordofan, Élections sabotées par Ali Haroun
Le taux fort bas des enregistrements pour les élections est inquiétant au Sud Kordofan. Selon le centre Carter, leur nombre s’élève à 642 555 votants, soit 100 000 de moins que lors des élections d’avril 2010. Les résultats seront peu crédibles. Le 13 avril, les milices pro-gouvernementales attaquaient trois zones de cette région, tuant 17 personnes et brûlant des centaines de maisons, sur les ordres du gouverneur Ali Haroun poursuivi par la Cour Pénale Internationale pour son action au Darfour. Abdul Aziz el Hilu, membre du Mouvement de Libération du Peuple Soudanais, MLPS, assistant du gouverneur, accusa Ali Haroun de vouloir saborder les élections.
Politique étrangère
Carson, assistant du Secrétaire d’État américain pour les Affaires Africaines, déclara, que beaucoup de gens du Sud-Kordofan et du Nil Bleu, donnent toujours leurs armes et leur loyauté au MLPS. Il en tire des conséquences nouvelles. Les citoyens de ces régions seront consultés pour savoir s’ils souhaitent que l’accord de paix de 2005 soit un accord final entre le Nord et le Sud. Carson sous-entend qu’il pourrait ne pas l’être. Il donne ainsi un espoir aux gens de ces régions qui souhaitent renégocier la paix et avoir leurs propres règles, ou rejoindre le Sud. Ils ont droit à l’autodétermination, bien que Khartoum assume qu’il ne s’agisse que d’une consultation.
Scott Gratien a enfin quitté le Soudan. Des appels à pétition au sénat destinés à l’empêcher d’être ambassadeur des États-Unis au Kenya furent sans effet, au grand désespoir des Kenyans. Ainsi est évoqué son appel continu à un compromis à Abyei après qu’il y ait eu deux partages depuis la paix de 2005.
À Doha en février, les rebelles présents, MJE et MLE étaient d’accord avec le gouvernement sur quatre des six points à discuter, ils devaient s’entendre en particulier sur l’unité du Darfour. Le chef médiateur, Bassolé, leur offrit de signer les quatre premiers accords, ce qu’ils firent. Le gouvernement et les rebelles avaient signé que Doha est le seul processus de négociations (cf. Darfour, Chanel p.4) mais depuis décembre l’État prétendait avec l’appui de l’Union Africaine vouloir résoudre le processus de paix par un dialogue avec les forces civiles. Béchir décide d’organiser un référendum. Il veut parler aux chefs tribaux - mais auxquels - aux élus -dont les élections furent truquées - et aux forces sociales - qu’il choisira. Il consultera les Darfouris pour savoir s’ils veulent le même système qu’au Soudan ou un autre. - Quel autre ? - Il dit vouloir appliquer le traité d’Abuja signé avec Minni Minnawi qui, l’ayant jugé non appliqué, n’en veut plus et s’est uni aux autres rebelles. L’État semble vouloir régler les choses à son avantage avant que le 9 juillet il n’ait une nouvelle constitution et ne devienne de dimensions réduites par la séparation du Sud. Aura-il le temps d’organiser un référendum d’ici là ? Est-ce pour repousser cette date que les négociations avec le Sud stagnent ? L’UA, défavorable à Doha et aux rebelles, critique en son absence Bassolé, qui, plein de dignité, répond que le temps pour le dialogue n’est pas encore venu.
Sud Soudan : espoir, désespoir
Début janvier, le Sud Soudan avait voté à près de 99 % pour la sécession. Maintenant seulement commencent en Éthiopie les négociations sur les points à débattre. À Khartoum cela n’avait rien donné.
À Abyei, les nomades arabes Misserya soutiennent le gouvernement. Ils ont l’appui définitif du Congrès national, parti au pouvoir, au désespoir des Dinka Ngok résidents qui ont l’aide de l’Armée de Libération du Peuple Soudanais, ALPS.
Dès mars, de nombreux miliciens ont massacré des civils au Sud. Ceux du Général Athor tuèrent à Fanjak et Malakal. (La réconciliation d’Athor avec le gouvernement du Sud aurait été empêchée par son vice-président, Riak Machar). Athor est dans l’État de Jonglei, Gatluak Gai dans l’État d’Unité, Oliny dans l’État du Haut-Nil et Abdel Bagi Ayii au Bahr el Ghazal. Tous vivent dans des régions frontières.
Le Sud-Soudan accuse Khartoum de chercher à le déstabiliser. Selon Pagan Amoun, patron du MLPS, le parti du Congrès National forme, entraîne, ravitaille et arme des miliciens, ... plan supervisé par Béchir en personne. De nombreux documents sont à la base de cette accusation. Khartoum nie tout. Le doute avait surgi quand, selon Africa Confidential, le conseiller de Béchir, Mustafa Osman, admit que le gouvernement armait ces milices.
Le Sud Soudan voudrait se créer une nouvelle capitale à Ramchil, dans l’État des lacs, plus centrale. Cette région Dinka convient au gouvernement actuel, mais pas aux autres. Le général Gadet, nouveau rebelle, veut renverser immédiatement le gouvernement du Sud (cf. Sud Soudan, Elias, Négociations pétrolières, saisies des terres p.2 à 5).
Simone Dumoulin
(Bételgeuse)

