Le Sud de l’actuel Etat du Nil Bleu au Soudan fut intégré au Sultanat de Sennar (1504-1821) au plus tard entre la fin du XVIIe et le milieu du XVIIIe siècles avec l’installation d’aristocraties musulmanes à Guli, Keili et Fazoghli…chargées par les souverains Funj de se procurer des esclaves parmi les populations « païennes » des collines méridionales du Dar Funj (Hamaj, Ingessana, Burun), des confins éthiopiens ( Uduk,Berta, Gumuz..) et du Nord de l’actuel Etat du Haut-Nil au Soudan du Sud : Maban, Dinka… En réalité cette région représente près des trois quarts de la superficie de l’Etat dont le Nord est majoritairement peuplé d’Arabes (Rufa’a, Kenana, Misselemiya) et de Fellata. Encore plus durement razziées pendant l’occupation turco-égyptienne (1821-1885), et décimées par les épidémies de variole et la famine, les petites tribus des collines isolées se reconstituèrent au début du XXe siècle, certaines en intégrant des groupes « détribalisés » et en adoptant la langue arabe. Acculturation, arabisation et islamisation furent toutefois ralenties par l’interdiction faite dès 1926 aux Arabes de descendre sans autorisation au sud d’une ligne Renk-Guli-Roseires. Mieux protégés dans leur massif montagneux, les Ingessana réussirent à préserver leur langue et leur culture, d’autant mieux que tout prosélytisme chrétien ou musulman y fut interdit. Après la levée en 1945 du Décret de 1922 sur les zones d’accès restreint, des Arabes (Ga’aliyin, Kenana…) se réinstallèrent dans la région, entraînant souvent la conversion à l’Islam de leurs partenaires locaux dans le développement du commerce.